Je me lève tôt, à 8h40 (pour une fois avant Panda !). Après un petit déjeuner vite expédié, j'attends notre Mme Martin du week-end en bas de mon immeuble, à 9h15, avec
deux énormes sacs plastiques (avec mon costume et les draps pour les chaises du décor).
Nous marchons ensemble jusque chez Mr Martin. La ville est déjà bien éveillée, nous croisons des facteurs et des mères de famille avec leurs enfants. Je cache mes yeux
fatigués derrière mes grandes lunettes de soleil. Il fait déjà chaud. Arrivées en bas de chez Mr Martin, nous le la voyons dépasser par sa
fenêtre pour nous dire qu'elle arrive. Peu après, la porte s'ouvre, et Mr Martin nous dit bonjour, les bras chargés également. Nous poursuivons notre chemin jusqu'à la salle prêtée par les
Petites Soeurs des Pauvres. Il s'agit en fait d'une maison de retraite équipée d'une grande et belle scène de théâtre. Nous allons y jouer ce soir pour nos familles et autres invités, et demain
pour les résidents.
Le portail franchi, nous retrouvons Mary, qui n'ose pas entrer. Une soeur vient à notre rencontre, et nous conduit jusqu'à la salle. Elle nous interroge sur notre troupe,
demandant s'il y a aussi des groupes d'adultes. On a un temps d'arrêt : "Euh... nous SOMMES des adultes." Elle sourit "Ah bah vous êtes des jeunes adultes alors !" Mary, qui a la quarantaine, a
un sourire jusqu'aux oreilles.
Gaëtan n'est pas encore là. Nous posons toutes nos affaires, et sortons dans le jardin. Mr et Mme Smith arrivent à leur tour, et nous échangeons sur les impressions des
spectateurs de la veille. La famille de Mme Smith et de Mr Martin ont beaucoup aimé, et ont été agréablement surpris.
Lorsque Gaëtan arrive, nous nous mettons rapidement au travail. Nous nous échauffons un peu, et nous fouillons les coulisses à la recherche de décors ou d'accessoires qui
pourraient nous servir. Nous alignons les chaises pour les spectateurs. Enfin les autres les alignent, et moi, qui ai repéré un piano, les encourage en jouant. (c'est pratique de savoir jouer du
piano, on s'y installe, on joue quelques notes, et on nous supplie de continuer, nous permettant ainsi de ne pas effectuer de tâche ingrate). Gaëtan fait des essais de lumières. Un projecteur est
grillé, et la scène n'est pas assez éclairée.
Le groupe du jeudi, ceux qui joueront après nous, arrive sur ces entrefaites. L'un d'eux repart aussitôt pour chercher une lampe hallogène. Puis nous finissons de nous
échauffer tous ensemble. Gaëtan va tout au fond de la salle pour vérifier que l'on parle assez fort. Nous faisons entre autres le "chuchotement du théâtre", un faux chuchotement fait pour être
bien entendu du public.
Le deuxième groupe s'assoit ensuite pour nous regarder répéter. Ils sont plutôt bon public, et rient beaucoup et bruyamment ! Nous faisons la pièce entièrement, mais en
étant interrompus par Gaëtan pour réajuster certaines choses. Une fois terminé, ceux du deuxième groupe viennent nous féliciter en coulisses, et se préparent pour leur propre répétition. Bien que
la faim nous tenaille (surtout Mr Smith et moi), nous décidons de rester pour les regarder jouer. Grave erreur. Au début tout va bien, mais au fur et à mesure que ma faim augmente, ma patience
diminue. Mon ventre gargouille, je ne vois pas la fin se profiler, je m'ennuie, je soupire, je sens Mr Smith à côté de moi au bord de la crise de nerfs. Mme Smith, elle, ne voit pas le temps
passer : la pièce lui plaît. Quand la répétition des autres est (enfin) terminée, je suis tiraillée entre le fait de les féliciter parce que tout de même ça se fait, et mon envie de rester vraie
et d'assumer le fait de ne pas avoir aimé. J'opte pour un milieu mou et peu convaincu, les félicitant pour leur jeu (car c'est vrai qu'ils jouent bien).
Malgré l'heure tardive (presque 15h), nous arrivons à trouver une pizzeria ouverte. Mr Smith, Mr Martin et moi-même passons pour des morfales car nous exigeons d'avoir
une pizza entière, tandis que les autres se contentent d'une demi pizza. Les fous.
Après le repas, chacun rentre chez lui se reposer. Je m'écroule sur mon lit, et fais une bonne sieste. A mon réveil, je sens que ça y est, je suis en pleine forme. Ce
soir, je vais tout donner !
Enfin j'espère.