Nous avons rendez-vous à 13h30, la représentation pour les résidents de la maison de retraite étant à 15h. Gaëtan est en retard, et nous attendons tous dans les jardins.
On échange nos impressions sur le spectacle de la veille, et nos appréhensions pour celui de l'après-midi. En effet, nous ne sommes pas sûrs que les deux pièces soient très bien reçues par ce
public constitué de vieillards et de bonnes soeurs. Mais après tout, pourquoi pas.
Nous n'avons qu'une heure pour nous échauffer, faire nos "bra bre bri bro bru", nos "des singes savants et sages, des singes sages et savants" et nos "et si la cathédrale
se décathédralisait, comment la recathédraliserions-nous?". On installe ensuite le décor en vitesse, et on court se changer. J'ai mal au ventre et à la tête pour cause de problème féminin, et je
me dis que ça ne va pas être évident de jouer un pompier viril dans ces conditions. Je lace mes rangers sans grand entrain, et vais m'isoler dans le noir des coulisses latérales. Non loin de moi,
Mr Smith révise son texte. Il n'a pas l'air super en forme non plus.
Je jette un oeil au public qui s'installe. Le premier rang est rempli de petits vieux en fauteuils roulants, ceux que ma grand-mère traite pas très gentiment de "momies".
Gaëtan vient nous voir pour nous donner quelques consignes. "Il est possible qu'ils se mettent à parler en plein milieu. Dans ce cas, faites comme pour les rires, attendez un peu avant de
continuer à jouer. Et surtout ne vous formalisez pas." Bon, on verra bien.
Le noir se fait dans la salle. Je traverse les coulisses arrières pour aller encourager Mr et Mme Smith. Ils rentrent en scène (dans le noir cette fois), et je retourne de
l'autre côté avec les Martin, tout en mangeant une compote de pommes pour me donner des forces. J'ai le sentiment étrange que le fait de jouer cette pièce devient déjà une sorte de routine, une
habitude. J'ai la sérénité de quelqu'un qui va travailler, faire un boulot qu'il aime, sans qu'il n'y ait de véritable enjeu. Le trac me manque presque.
Tout le début de la pièce se déroule dans un silence religieux. Je suis gênée pour Mme Smith, qui doit jouer un dialogue à la limite de l'orgasme. Pas sûr que les
spectateurs apprécient. Ils se dérident (enfin façon de parler) quand même à la deuxième scène, celle des Martin. On entend enfin quelques rires, et même des commentaires. La suite est assez
interactive, les petits vieux se révèlent être plutôt vifs. Je vois que Gaëtan se détend un peu. Peu avant mon entrée en scène, il me donne une dernière instruction pour faire le coq qui veut
faire le chien. J'acquiesce et me lance dans l'arène.
"BONJOUR MESDAMES ET MESSIEURS !!!"
Rires. Mon entrée fait toujours autant d'effet, avec mon pantalon rouge, mon manteau jaune poussin, et mon beau casque de pompier. Tout se déroule normalement : mon
interrogatoire (voir la photo), mes anecdotes, celles de Mr et Mme Smith... jusqu'au moment où je me retrouve au devant de la scène. Je viens de finir une réplique, et dans une seconde de
silence, une voix tremblante s'élève dans l'assemblée : "Est-ce que quelqu'un peut m'amener à l'accueil s'il vous plaît". C'est une vieille dame en fauteuil qui semble mourrante. J'ai un moment
d'arrêt, guettant un mouvement d'une bonne soeur parmi les spectateurs. Personne ne bouge. Je reste plantée sur la scène, ne sachant trop quoi faire. Je me tourne vers mes compagnons. "Qu'est-ce
qu'on fait ?". Là on voit que quelqu'un parmi les spectateurs a enfin réagi et va à la rencontre de la vieille dame. Mme Smith reprend alors la pièce, mais se trompe sur sa réplique. "Qu'est-ce
qu'il y a pour votre service, Capitaine ?". Je lui fais "non" de la tête, et elle se reprend : "De toute façon il n'y a pas l'heure chez nous !". On entend parmi les spectateurs "Hein ?", Mme
Smith secoue sa cloche, et la pièce reprend le cours normal.
Lorsque l'on se retrouve dans les coulisses à la fin de la pièce, nous soupirons tous. Nous sommes un peu déçus par notre prestation (nous étions largement plus en forme
la veille). Par là-dessus vient s'ajouter la peine d'avoir terminé notre week-end de représentations. Je me rends compte que ça ne m'aurait pas dérangé de continuer à jouer tous les jours pendant
quelque temps, même si je me sens épuisée et vidée après chaque spectacle.
Nous rangeons toutes nos affaires (costumes, maquillage, décors...) avec une pointe de nostalgie, et allons dans la salle pour regarder jouer les autres. The show must go
on !
Lundi :
Nous nous retrouvons chez Mme Martin n°1 pour regarder le DVD de nos spectacles du vendredi et du samedi. Ca nous fait beaucoup rire. C'est malheureusement le dernier
moment où nous sommes tous réunis, Mr Smith partant au Canada l'année prochaine. Heureusement toutes les autres continuent. Et puis nous aurons des petits nouveaux, avec lesquels nous vivrons
d'autres aventures !
Gaëtan a dit que l'année prochaine je jouerai un rôle de femme. Héhé attention messieurs, j'arrive !
Bravo en tout cas, c'était plutôt bien joué, et apparemment une bonne expérience. Espérons que vous aurez plus de mecs l'année prochaine, que les filles puissent jouer des filles.... Une nouvelle carrière en perspective.
Commentaire n°1 posté par Tayfun le 03/07/2009 à 16h22
Oui, une nouvelle carrière en tant que femme Je vais essayer de convaincre notre cousin Thom's de venir jouer dans la troupe... lui qui parlait de "confiance en soi" l'autre jour, ça pourrait l'aider!
Et bien bravo, félicitations ! Peut être que c'est un peu dommage que la dernière représentation ne fut pas l'apothéose que tu aurais aimé, mais comme tu dis, jouer ça fatigue.
Commentaire n°2 posté par Kronsilds le 04/07/2009 à 22h40
Espérons que vous aurez plus de mecs l'année prochaine, que les filles puissent jouer des filles....
Une nouvelle carrière en perspective.
Je vais essayer de convaincre notre cousin Thom's de venir jouer dans la troupe... lui qui parlait de "confiance en soi" l'autre jour, ça pourrait l'aider!
Peut être que c'est un peu dommage que la dernière représentation ne fut pas l'apothéose que tu aurais aimé, mais comme tu dis, jouer ça fatigue.